le jeu d’echecs

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Puissent mes amis voir encore l’aube après la longue nuit, moi je ne peux plus attendre, je pars avant eux.» est la phrase que Zweig et sa femme nous ont laisse afin d’expliquer leur suicide commun au Brésil.

Ne pouvant en effet survivre avec les atrocités du moment, ils ont choisi de partir plutôt que de rester anéanti devant une réalité tellement absurde. C’est un an après le suicide de Zweig qu’est publié Le joueur D’échecs. Sorte de testament qui a vrai dire est très explicite puisque tout le livre n’est rien d’autre qu’une métaphore fille de l’absurdité de l’envahissement nazi.

Sous l’emprise nazi, enferme dans une chambre d’hôtel de luxe , seul, sans personne a qui parler sauf a un gardien muet, dans une chambre ou la fenêtre a ete bloquee et ou on ne peut voire la lumiere du jour, Mr B. aurait pu facilement devenir bien vite fou. Afin de ne pas succomber dans cette échappatoire ou la folie l’invitait, Mr B a réussi à dénicher un manuel d’échecs. C’est ainsi qu’il comble sa solitude dans d’interminables parties d’échecs ou il représente les deux adversaires. Et tout cela il le fait sans échiquier mais mentalement. Du matin au soir, Mr B se divise en deux, fabrique un échiquier mental et joue. Et joue. Et rejoue. Mr B. transcende la folie des bourreaux par la folie du jeu et réussit ainsi a résister a la torture.

Puis, libéré, Mr B se retrouve sur un bateau ou Czentowicz, champion d’échecs arrogant, borné a outrance le défie dans une ultime partie d’échecs. Une partie envoûtante et dérisoire qui n’est autre qu’une métaphore de la victoire de l’atrocité et absurdité nazie. Et ainsi la victoire de Czentowicz se termine ainsi : “Dommage, dit ce dernier, magnanime. L’offensive n’allait pas si mal. Pour un dilettante, ce monsieur est en fait remarquablement doué.”

Livre a lire absolument. En voici un extrait, qui,j en suis sure vous conduira prochainement a la librairie :

L’interrogatoire n’était pourtant pas le pire. Le pire c’était le retour à ce néant, juste après, dans cette même chambre, devant cette même table, ce même lit, cette même cuvette, ce même papier au mur. Car à peine étais-je seul avec mes pensées, que je me mettais à refaire l’interrogatoire, à songer à ce que j’aurais dû répondre de plus habile, à ce que je devrais dire la prochaine fois pour écarter le soupçon que j’avais peut-être éveillé par une remarque inconsidérée. J’examinais, je creusais, je sondais, je contrôlais chacune de mes dépositions, je repassais chaque question posée, chaque réponse donnée, j’essayais d’apprécier ce que leur procès-verbal pouvait avoir enregistré, tout en sachant bien que je n’y parviendrais jamais. Mais ces pensées une fois mises en branle dans cet espace vide, elles tournaient, tournaient dans ma tête, faisant sans cesse entre elles de nouvelles combinaisons et me poursuivant jusque dans mon sommeil. Ainsi, une fois fini l’interrogatoire de la Gestapo, mon propre esprit prolongeait inexorablement son tourment avec autant ou peut-être même plus de cruauté que les juges, qui levaient l’audience au bout d’une heure, tandis que dans ma chambre cette affreuse solitude rendait ma torture interminable. Autour de moi, jamais rien d’autre que la table, l’armoire, le lit, le papier peint, la fenêtre. Aucune distraction, pas de livre, pas de journal, pas d’autre visage que le mien, pas de crayon qui m’eût permis de prendre des notes, pas une allumette pour jouer, rien, rien, rien. Oui, il fallait un génie diabolique, un tueur d’âme pour inventer ce système de la chambre d’hôtel. Dans un camp de concentration, il m’eût fallu sans doute charrier des cailloux, jusqu’à ce que mes mains saignent et que mes pieds gèlent dans mes chaussures, j’eusse été parqué avec vingt-cinq autres dans le froid et la puanteur. Mais du moins, j’aurais vu des visages, j’aurais pu regarder un champ, une brouette, un arbre, une étoile, quelque chose enfin qui change, au lieu de cette chambre immuable, si horriblement semblable à elle-même dans son immobile fixité.

Et voici enfin un exemple ou le jeu ne fait pas de gros désastres et ne fait pas pénétrer notre personnage dans la folie mais au contraire ici le jeu le sauve de la folie. Comme quoi, peut être que même les jeux de poker ont un double revers…

Resource Box: Aline Cohen, passionnée de littérature du monde entier, écrit des articles a des sujets aussi antagonistes paraissent-ils comme : casino et littérature, machines sous et littérature etc.

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